Aujourd'hui s'achève le cycle des publications de notre opération #vaincrelesdesertsmedicaux.com. Cet exercice de synthèse nous a donné une leçon d’humilité tant notre opus est loin de faire le tour de la question. La problématique de la désertification médicale est difficile à circonscrire. En outre, à mesure que nous avancions dans l’écriture, de nouveaux sujets ont pris place au coeur du débat : des expérimentations et initiatives tous azimuts, la signature de la nouvelle convention, l’irruption de la santé dans la campagne présidentielle, la publication de nouveaux décrets et arrêtés venant alimenter le champ des possibles réglementaires…

Nous nous sommes résignés à ne pas tout évoquer ici. Viser l’exhaustivité aurait nui à la clarté de notre propos. Par ailleurs, notre objectif était d’ouvrir le débat et non de le clore. Nous l’avons dit et répété, la santé de demain se construira collectivement. La vocation de cet ouvrage est avant tout de créer les conditions d’une mobilisation en entretenant la conviction qu’une autre organisation de la santé de ville est possible pour satisfaire les besoins des patients et des professionnels. Notre souhait est que les propositions que nous avons formulées ici terminent dans les mains d’acteurs du soin engagés, qui les complèteront avec leur propre perception des enjeux et défendront à leur tour l’accès aux soins de tous, sur tout le territoire.

La médecine ambulatoire doit se réinventer si elle veut renouer avec sa mission historique de santé publique. Nouvelles technologies, nouvelle réorganisation territoriale, transition épidémiologique, nouveaux modes de travail, etc. ; la jeune génération a face à elle un véritable défi à relever. Mais c’est aussi une promesse d’opportunités. Il est en effet important de ne pas oublier que l’exercice en zone tendue est aussi indispensable qu’il peut être gratifiant humainement et professionnellement.

Avant d’achever notre propos, nous aimerions néanmoins attirer votre attention sur un point qui nous semble fondamental : nos mesures, si elles peuvent de prime abord sembler radicales, ont toutes été pensées pour s’adapter à l’existant. C’est un ajout de nouvelles potentialités et non un changement radical de paradigme.

Qu'il s'agisse du contrat MedGe ou de l'essor de la pluriprofessionnalité, l'idée n'est pas de déconstruire une nouvelle fois l'ensemble du système, mais au contraire de s'appuyer sur ce qui fonctionne pour le renforcer.

S’il nous semble indispensable de définir un projet vers lequel tendre (pour nous, il s’agit de la complémentarité entre un contrat de santé publique et l’essor de la pluriprofessionnalité), il nous semble tout aussi important d’avancer pas à pas vers sa réalisation, en le testant et en le développant à des échelons locaux qui sont plus opérationnels.

A ce titre, deux lignes de conduite s’imposent dans cette quête d’agilité. En tout premier lieu, la puissance publique doit mieux valoriser et prendre en compte l’existant ; les ressources humaines présentes sur le territoire comme les dispositifs et outils déjà opérationnels. On ne pilote pas une organisation sans s’appuyer sur ses ressources. L’action des professionnels doit être reconnue et soutenue. Les tissus locaux sont globalement riches et la mobilisation toujours possible si une démarche est engagée en ce sens. Quant aux outils et organisations déjà en place, enrichissons-les quand ils ont fait leur preuve (DPC) ou qu’ils semblent prometteurs (ESP, CPTS) ; améliorons-les s’ils ne répondent pas pleinement aux besoins. Les changements de cap brutaux sont à proscrire, car ils freinent le système en désorientant les différents acteurs. Il faut au contraire favoriser une progression collective et continue, qui apporte une certaine stabilité et une confiance réciproque.

Une conduite du changement réussie exige un climat de confiance. Pour sortir de la fatalité des déserts médicaux et garantir l’accès aux soins sur tout le territoire, notre pays a besoin d’une politique résolue, mais aussi d’une politique stabilisée.

Dernier point, et il va dans le même sens : apportons plus de souplesse aux professionnels. Appliquer des propositions législatives ne doit pas signifier enserrer les professionnels dans un tissu de contraintes réglementaires et administratives. Quand on impose un fonctionnement unique, on étouffe les initiatives et les forces vives, en l’occurrence ici l’action des quelques professionnels de santé qui sont encore installés dans les territoires les plus désertifiés. Le risque est alors de les faire fuir.

Donnons aux acteurs de la santé les clés de leur avenir. Proposons-leur autre chose que les représentations syndicales ou fédératives. Ils sauront mieux que quiconque apporter des solutions efficaces aux besoins de leurs patients. Le fatalisme n’a pas lieu d’être quand il s’agit des déserts médicaux.

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